mercredi 24 décembre 2014

Conan de Robert E. Howard - chronique de livre

Commençons par un hommage et un grand merci aux éditions Bragelonne qui se sont attaquées avec l'édition intégrale du Conan de Robert E. Howard à un chef d'oeuvre, un emblème de la fantasy. Jusqu'à ce jour, il n'existait pas de publications dignes de ce nom. Conan était édité, publié, distribué à l'arrache, dans le désordre, dans des versions caricaturées, réécrites ou incomplètes. Victime de son adaptation cinéma, Conan était devenu un sempiternel héros fantastique: le barbare de base décliné sous toutes les coutures. Caricature de caricature. 

Chez Bragelonne, on a voulu revenir au granite original, à la première sève. Voici donc que parait le premier des trois volumes qui constitueront l'intégrale définitive de Conan. Les aventures du cimmérien sont publiées dans l'ordre de leur rédaction, reconstituées à partir des manuscrits originaux, manuscrits qui ont par la même occasion été retraduits (l'oeuvre d'Howard ayant été joyeusement réécrites par des indélicats). Le tout est accompagné de notes, d'annexes et de mémos sur l'univers du barbare. On croit rêver en tenant ce pavé dans les mains. Cerise sur le gâteau, le tout est publié en édition limitée à 8000 exemplaires comme pour mieux renforcer l'aura mystique de ce petit bijou. Juste un putain de collector !

Trêve de publicité de Noël, revenons au mythe. Robert E.Howard est tout simplement monsieur heroic-fantasy, le grand, l'unique. Genre qu'il a inventé avec l'histoire de Kull, le roi des barbares. Insatisfait de ce rang de pionnier, Howard voulait laisser à la postérité un héros capable de fédérer des générations de lecteurs, un héros dont l'acier ne s'oxyderait jamais et resterait dans l'Histoire. 

Ce héros, c'est Conan. Nous sommes en 1932. C'est le genre de truc qui m'a toujours sidéré: confronter les idées d'un visionnaire avec l'époque dans laquelle il évolue. C'est hallucinant de penser aux idées d'un Jules Verne, d'un Howard et de se demander où, comment, quand on-t'il pu trouver tout ça? Comment même y penser??? Avec Conan, Howard établit tout une mythologie: il invente l'âge d'or de la fantasy: des barbares, des mercenaires, des sorcières, des monstres. Le style est brutal, violent, noir. Cet âge d'or, il le baptise l'âge hyborien, sorte de pré-antiquité magique à la frontière de l'aube des temps et d'un Moyen-Age tout ce qu'il y a de plus référencé côté mythes de la Table Ronde (j'y reviendrais un jour). Conan, en l'espace d'une vingtaine d'aventures, devient un héros tout ce qu'il y a de plus sombre, torturé, tyrannisé par le destin, les éléments et les êtres les plus vils. Rien ne fait plier cependant le cimmérien car il est solide comme un demi-dieu. Au fil de l'oeuvre d'Howard, on lit les trames d'un auteur que l'on sent désabusé, soucieux, convaincu de vivre une vie qui ne mérite pas d'être vécu. Howard est un pessimiste. Il voit l'homme comme quelque chose en perpétuelle décadence, au bord du gouffre, plus proche de la fin que du début. 

Cette vision explique le cadre choisi par Howard pour faire évoluer Conan: le cimmérien parcourt un monde quasiment sans civilisation, préhistorique. Tout n'est que décadence, vice, massacre et destruction. Conan, c'est l'homme mythique, le héros façonné par l'antiquité, dernier de son espèce dans un univers façonné par le futile, l'inutile, le mensonge, par des notions vouées à l'échec et conduisant au bout du tunnel.

 Las, désabusé, Howard arrêtera Conan en 1935 et disparaitra l'année suivante. Il laisse derrière lui une pierre angulaire. Conan, tel un titan, tient à bout de bras tout un pan de la littérature fantastique du XXème siècle et de notre jeune XXIème siècle. Il est le père des Gemmel, Cook, Moorcock, Pratchett, Weis, Hickman. De Corum au Lion de Macédoine, il y a de la furie de Conan en chacun d'eux. Ce bouquin m'a tellement mis de bonne humeur que je vais même m'écouter un Manowar tiens !

vendredi 12 décembre 2014

God Of War III : le test - fin


At the end there will only be Chaos

Pour ce God Of War 3 on retrouve ce qui a fait la force des épisodes précédents, autant dire que le nouvel épisode ne fait pas dans l'originalité mais ne régresse pas non plus, loin de la.
C'est Dustin Browder qui disait récemment qu'il n'essayait pas d'être innovant quand on lui posait des questions à propos du prochain Starcraft 2, ici on retrouve le même sens de l'achèvement de l'idée: un aboutissement logique qui ne renie rien des origines, au contraire GOW est bien devenu un modèle dans le panorama sensible du BTA en veut pour preuve le dernier Dante's Inferno qui essaie d'en capter l'essence et dont les mécanismes sont similaires.

On reste donc dans un trip dur et bestial, loin des canons japonais du genre comme Devil may Cry, Ninja Gaiden ou plus récemment le très bon Bayonnetta qui ont une approche beaucoup plus technique du BTA.
Le personnage se contrôle toujours aussi simplement, 4 armes principales, 3 caractéristiques à augmenter et des objets à récupérer qui permettront à Kratos de le faire évoluer différemment dans certaines situations.
Le petit point noir au niveau des contrôles est peut être une latence dans les sauts qui peut devenir gênante puisqu'il vous arrivera de mourir plus fréquemment durant les phases de plateformes qu'en combat, à part si bien sûr vous jouez comme un homme un vrai dans les difficultés les plus élevées, auquel cas il faudra jouer des coudes pour arriver à vos fins et décrocher le platine.
En dehors de ce léger désagrément le jeu est ultra maniable, les combos ultra accessibles, l'ergonomie de jeu pensée pour prendre du plaisir immédiatement, les QTE sont mis en scène avec précision et sont rythmés par des timing aléatoires judicieux. On évitera aussi les problèmes de caméras inhérents à beaucoup de Beat modernes avec un oeil fixé sur l'action, on voit ce qu'on frappe (ou sur qui on frappe) tout le temps: les frères Billy Lee et Jimmy Lee de Double Dragon reconnaîtront comme le Roi Heenok la valeur fruitée d'une telle mise en application.

Le scénario, lui, tient la route. Bien sûr n'est pas Homère qui veut mais l'univers de ce dernier épisode de l'épopée Kratos tient ses promesses notamment grâce à un final assez poignant et mémorable.
On aurait pu penser que cet épisode serait le plus noir de la série, malgré sa trame fataliste il n'en est finalement rien, c'est d'ailleurs assez intéressant de suivre l'idée que, malgré le chaos total que Kratos engendre, il existe une justice et une histoire pour la rédemption de l'âme de ce vulgaire outil des dieux, une rédemption qui passe par la vengeance, mais forcément une étape libératrice pour ce personnage déshumanisé.